La voix sous les planches

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Les hivers dans le chalet familial étaient rudes, mais cette année-là, le blizzard hurlait avec une violence inouïe. Le grand-père d’Antoine, un vieil homme buriné par le froid, lui avait répété la même règle avant de s’endormir :
— « Si tu entends quelqu’un crier ton prénom dehors après minuit, ne réponds jamais. Et surtout, n’ouvre sous aucun prétexte. »

Antoine avait hoche la tête pour lui faire plaisir, convaincu qu’il ne s’agissait que d’une légende de montagnards pour garder les enfants au chaud.

Vers deux heures du matin, la tempête redoubla d’intensité. C’est alors qu’au-dessus du rugissement du vent, une voix s’éleva depuis la lisière de la forêt.
— « Antoine… s’il te plaît, ouvre-moi… j’ai si froid… »

La voix était affolée, tremblante, mais indiscutable : c’était la voix de sa mère, partie plus tôt au village voisin pour chercher des provisions.

Pris d’une bouffée de panique, Antoine sauta hors de son lit, traversa le salon sombre et courut vers la lourde porte en bois. Il posa la main sur le verrou glacé. Mais juste avant de le tirer, un bruit discret attira son attention du côté du foyer.

Dans le fauteuil près de la cheminée, sa mère dormait profondément, emmitouflée dans une couverture, bloquée par la tempête depuis le début de la soirée.

Antoine se figea, le sang glacé dans ses veines. Sa main trembla sur le verrou.

De l’autre côté de la porte, la voix s’arrêta instantanément. Un silence lourd et pesant s’installa.

Puis, soudainement, de violents grattements résonnèrent sous le plancher en bois, juste sous ses pieds nus. Une planche céda dans un craquement sec, et une voix grinçante, imitant maladroitement le timbre de sa mère, murmura depuis le trou obscur :
— « Tu as failli tomber dedans… »

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